Pas besoin d'attendre les dernières sorties en salle pour parler cinéma. Certains films méritent qu'on s'y attarde, qu'on les découvre ou qu'on les redécouvre. Pour ce premier rendez-vous, direction l'Iran de 1979 avec Argo.
Il y a quelques mois, je me suis lancé un petit défi : regarder tous les films qui ont remporté l’Oscar du meilleur film. Certains pour la première fois, et d’autres pour la deuxième. C’est notamment le cas d’Argo, réalisé par Ben Affleck.
La première fois que je l’ai vu, c’était en 2012. J’avais 21 ans et, soyons honnêtes, si la présence de Ben Affleck sur l’affiche n’était probablement pas l’unique raison qui m’avait poussée jusqu’au cinéma, elle avait dû peser dans la balance. Petit kiff post-adolescente oblige. À l’époque, la géopolitique du Moyen-Orient n’était certainement pas la première chose à laquelle je pensais en m’installant dans mon siège.
Quatorze ans plus tard, Ben Affleck est toujours là. Moi aussi. Mais entre-temps, mon regard a changé. Et le monde avec.
Pour ceux qui ne l’auraient jamais vu, Argo nous ramène en 1979, en pleine révolution iranienne. L’ambassade des États-Unis à Téhéran est prise d’assaut et plusieurs dizaines d’Américains sont retenus en otage. Six diplomates parviennent toutefois à s’échapper et trouvent refuge auprès de l’Ambassade du Canada.
Pour les faire sortir du pays, la CIA imagine alors un plan qui semble tout droit sorti d’un scénario hollywoodien : les faire passer pour une équipe de cinéma canadienne venue en Iran effectuer des repérages pour un film de science-fiction. Un faux film est créé, avec son scénario, ses affiches et ses producteurs. Son nom : Argo. Et le plus fou dans tout ça, c’est que l’opération a réellement existé.
Bien sûr, Hollywood a pris quelques libertés avec la réalité. Mais le film fonctionne toujours aussi bien sur moi. La tension est là, la réalisation est efficace, les acteurs sont bons et, même en connaissant l’issue, je me suis de nouveau laissé prendre au jeu.
Sauf que cette fois, je n’ai pas regardé aux mêmes endroits.
À 21 ans, j’avais surtout été happée par l’opération, les fausses identités, le risque d’être découverts et cette tension qui monte à mesure que le dénouement approche. Et, sans vraiment connaître l’histoire de l’Iran, la lecture était finalement assez simple : d’un côté, les Américains que l’on espère voir s’échapper et de l’autre, les Iraniens dont on redoute ce qu’ils vont faire. Les gentils et les méchants, en quelque sorte… Le cinéma adoooooore ça !
Mais l’Histoire, elle, est rarement aussi simple.
Cette fois, j’ai davantage regardé cette foule massée devant l’ambassade américaine. Sa colère. Les slogans. Et je me suis posé une question toute bête que je ne m’étais probablement pas posée à 21 ans : pourquoi ?
Pourquoi une telle hostilité envers les États-Unis ? Que s’était-il passé avant cette prise d’otages ? Pourquoi cette révolution ? Et surtout, comment les relations entre ces deux pays en étaient-elles arrivées là ?
Et c’est peut-être là que mon regard a le plus changé.
Il est donc difficile de revoir ces images en 2026 sans penser à l’actualité. Quarante-sept ans plus tard, l’Iran et les États-Unis s’affrontent à nouveau. Les événements, les dirigeants et les enjeux ne sont évidemment plus ceux de 1979. Il serait beaucoup trop facile de tracer une ligne droite entre les deux époques. Mais voir ces deux pays de nouveau en conflit donne forcément aux images d’Argo une résonance particulière.
Et c’est probablement ce que j’aime le plus dans le fait de revoir certains films des années plus tard. Argo n’a pas changé. Mais moi, si. Et le monde aussi.
À 21 ans, j’avais regardé un très bon thriller inspiré d’une incroyable histoire vraie. Quatorze ans plus tard, j’ai eu envie de savoir ce qui s’était passé avant, après et autour.
Et Ben Affleck dans tout ça ? Toujours aussi plaisant à regarder. Il faut bien que certaines choses résistent au temps.
Argo
Réalisation : Ben Affleck
Sociétés de production : GK Films et Smokehouse
